
Un cadre discret pour faciliter les échanges sensibles
La Règle de Chatham House (en anglais : « Chatham House Rule ») est une convention internationale qui encadre la manière dont les informations issues d’une réunion ou d’un débat confidentiel peuvent être utilisées.
Développée initialement par le Royal Institute of International Affairs (Chatham House) en 1927, cette règle est aujourd’hui largement adoptée dans les cercles professionnels, diplomatiques et sécuritaires, en particulier en cybersécurité.
Origine et historique
La règle tire son nom de Chatham House, situé à Londres, qui abrite le Royal Institute of International Affairs. Cet institut, fondé en 1920, visait à favoriser un dialogue ouvert sur les affaires internationales sans risquer de compromettre la confidentialité ou d’exposer publiquement les participants.
La règle fut formalisée officiellement en 1927 et revue en 2002 pour clarifier sa portée et ses conditions d’application.
Définition précise de la Règle de Chatham House
La règle est formulée ainsi :
« Quand une réunion, ou une partie de celle-ci, se tient sous la Règle de Chatham House, les participants sont libres d’utiliser les informations reçues, mais ni l’identité ni l’affiliation des intervenants, ni celles d’aucun autre participant, ne peuvent être révélées. »
Cette règle garantit ainsi l’anonymat complet des participants quant à leurs interventions, tout en permettant la diffusion contrôlée et indirecte des idées et des informations échangées.
Objectifs et intérêt pratique
La principale raison d’adopter la Règle de Chatham House est de favoriser un dialogue franc, ouvert et honnête entre les participants, même sur des sujets sensibles, controversés ou confidentiels. Les participants peuvent ainsi s’exprimer librement sans craindre de représailles, de récupération politique, médiatique ou professionnelle.
Dans le domaine de la cybersécurité, cela permet notamment de :
- Faciliter la coopération opérationnelle entre CERT/CSIRT sans exposer publiquement les participants.
- Permettre un partage d’expériences ou de retours d’incidents sans risque réputationnel.
- Favoriser la confiance entre partenaires publics et privés sur des questions de sécurité critiques.
Champs d’application
La Règle de Chatham House est utilisée couramment :
- Dans les rencontres diplomatiques informelles ;
- Lors d’échanges professionnels entre organismes de cybersécurité (CERT/CSIRT, agences nationales, entreprises privées) ;
- Dans des ateliers de travail, conférences ou colloques sur des sujets sensibles ;
- Dans des cercles restreints d’experts, universitaires ou stratégiques.
Responsabilité et engagements des participants
Lorsqu’une réunion est placée sous cette règle, les participants s’engagent explicitement à :
- Ne jamais révéler l’identité ou l’affiliation d’un autre participant.
- Ne pas citer explicitement ou implicitement la source précise d’une information partagée sous cette règle.
- Respecter strictement cette règle sous peine de perdre définitivement la confiance des pairs et l’accès à ce type de rencontres confidentielles.
Cette règle ne constitue cependant pas une protection juridique formelle ; il s’agit davantage d’une convention morale et éthique fondée sur la confiance mutuelle entre participants.
Limites et précautions à observer
La Règle de Chatham House ne constitue pas un cadre légal de protection des informations. Il est donc essentiel de rappeler que :
- Elle ne remplace pas une classification formelle de type TLP (Traffic Light Protocol), PAP (Permissible Actions Protocol), ou une classification réglementaire telle que « Secret », « Diffusion Restreinte », etc.
- Elle repose sur la bonne foi et le respect des engagements moraux des participants.
- Son efficacité dépend entièrement de la discipline personnelle et collective des participants et organisateurs.
En cas de sujets hautement sensibles, il est recommandé d’utiliser en complément des règles formelles de classification et de protection de l’information.
Exemples pratiques d’application en cybersécurité
Dans le contexte spécifique de la cybersécurité, la Règle de Chatham House peut être appliquée à des réunions comme :
- Un partage informel entre plusieurs CERT sur des techniques d’investigation utilisées lors d’une cyberattaque complexe.
- Une discussion ouverte entre professionnels du secteur privé et agences publiques sur des défis réglementaires ou technologiques liés à la cybersécurité.
- Des échanges entre responsables de la sécurité sur les bonnes pratiques ou les échecs de gestion d’incidents de sécurité, sans craindre une exposition négative dans les médias.
et pour finir
La Règle de Chatham House reste un outil précieux pour favoriser le dialogue authentique, sécurisé et responsable dans des contextes sensibles tels que celui de la cybersécurité. Sa mise en œuvre repose sur la confiance mutuelle, la responsabilité individuelle et collective, et une discipline rigoureuse quant à l’usage et la diffusion des informations partagées.
L’application de cette règle, combinée à d’autres protocoles de partage et de protection des informations comme le TLP ou le PAP, constitue un cadre robuste pour optimiser les échanges confidentiels dans un contexte de sécurité opérationnelle.
Sources utilisées pour cet article
- Royal Institute of International Affairs (Chatham House) – Chatham House Rule https://www.chathamhouse.org/about-us/chatham-house-rule
- CERT-FR (ANSSI) – Politiques de partage d’informations opérationnelles https://www.cert.ssi.gouv.fr/csirt/politique-partage/
- FIRST – Traffic Light Protocol (TLP) (Contexte de référence complémentaire) https://www.first.org/tlp/
- MISP (CIRCL) – Malware Information Sharing Platform (Contexte de référence complémentaire) https://www.circl.lu/services/misp-malware-information-sharing-platform/